L'observation du cinéma en tant qu'élaboration culturelle et artistique signifie le suivi de son itinéraire de phénomène médiatique qui naît et qui évolue avec le XXème siècle, laissant une empreinte fondamentale dans les esprits des générations qui l'ont vécu ainsi qu'un immense patrimoine d'oeuvres où ont pris forme et ont été mises en scène non seulement les apparences formelles des sociétés qui se sont succédées au cours du siècle, mais aussi leurs aspirations, leurs craintes et leurs désirs.
Le cinéma a nourri l'imagination collective des sociétés contemporaines et a contribué fondamentalement à l'expansion des traditions narratives, iconographiques et artistiques à travers une synthèse des contributions précédentes. Dans ce sens, sa dimension historique acquiert une ample signification qui en fait la clef de voûte permettant de comprendre certains aspects de la vie d'autrefois et de la vie présente.
Dans le contexte des sociétés urbaines occidentales, l'identité personnelle des hommes et des femmes du XXème siècle a donc pris forme sous l'influence du cinéma qui, tel un véritable éducateur, a contribué plus ou moins fortement à la construction des mentalités et à la configuration d'une imagerie collective qui a créé de nouveaux mythes et de nouvelles références mais qui en a aussi recyclé et adapté bien d'autres venant des origines de la culture occidentale.
Cette influence s'est aussi exercée dans un autre domaine: celui des expériences sensibles. Les créateurs et les créatrices cinématographiques ont produit, tout au long du siècle, un ensemble d'oeuvres qui ont fourni, de par leur catégorie artistique, non seulement des espaces de distraction et de loisir mais aussi de véritables représentations esthétiques. Dans ces cas-là, de même que d'autres expressions artistiques, l'art cinématographique a pris place dans le domaine de la connaissance et du développement du plaisir intellectuel. En effet, grâce à l'articulation des langages, l'expression cinématographique peut agir comme un langage artistique de plus, où la perception sensorielle ouvre la porte à un monde rempli de significations diverses, nous suggérant de multiples liens et analogies entre notre expérience vécue et d'autres domaines insoupçonnés mais habitables. Et l'accès à cette autre dimension qui, en toute logique, dépend de chacun d'entre nous, est une occasion de connaissance, de rapprochement de la texture et des nuances de la conscience humaine que le cinéma a rendu possible et qu'il continue à favoriser chaque fois que la rencontre idéale entre l'oeuvre et le récepteur ou réceptrice se produit.
Il est vrai, cependant, que cette fonction de l'oeuvre cinématographique a de moins en moins la possibilité de se produire. D'un côté, la domination tyrannique du marché monopolise de plus en plus clairement la plus grande partie de la création ou de la production cinématographiques à travers ses puissants réseaux de distribution et d'exploitation. De l'autre, les manifestations les plus créatives, marginales ou spéculatives, liées à des inquiétudes formelles plus contemporaines, parviennent à des groupes de plus en plus restreints qui, tels de petits réduits, forment eux-mêmes des circuits marginaux de consommation culturelle et artistique.
A côté de cela, la télévision occupant la plus grande partie du temps libre des gens, elle a déplacé le cinéma de son espace original: la salle plongée dans l'obscurité, le rituel, l'acte collectif, le grand écran...pour le reléguer dans un continuum indifférencié où tous les messages, créés à l'origine pour d'autres formats, apparaissent dévalués et dépourvus de la plénitude de leurs caractéristiques initiales.
L'expansion des nouvelles technologies audiovisuelles amorcée dans les années 80, culminant à l'heure actuelle par les réseaux multimédiatiques, et la faible capacité de choix de la grande majorité de la population donnent lieu petit à petit à un nouvel espace de relation entre spectateurs, spectatrices et messages audiovisuels qui non seulement exclut la possibilité de connaître d'autres discours mais qui peut parvenir à transformer totalement la fonction de la représentation, réduisant à l'extrême son champ de signification jusqu'à l'annuler. En effet, comme dit J. Baudrillard1 , les nouvelles technologies ont donné lieu à une "contamination virale des choses par les images" à tel point que les termes de la représentation se sont invertis. L'image en tant que simulacre, intermédiaire entre une présence et une signification, s'est transformée en une simple présence de la réalité au-delà de son propre reférent et éliminant la distance nécessaire à l'émergence de la signification des évènements, de l'histoire et de la mémoire.
Dans ce contexte, l'expression stéréotypée de l'oeuvre cinématographique -hybrides, archétypes, remakes, la répétition des mêmes sujets...- a un espace garanti par son revêtement commercial et ses stratégies correspondantes de publicité et de persuasion. Toutefois, on ne tire de ce cinéma que cette même relation aliénée qui s'établit entre les nouveaux flux médiatiques. L'autre manifestation cinématographique, la seule capable d'assurer des stimulations esthétiques plaisantes et enrichissantes du point de vue intellectuel, risque de disparaître ou, du moins, de devenir un luxe pour quelques uns.
Vu la pression des stratégies
commerciales basées sur l'annihilation de tout ce qui n'est pas
rentable en milliards, le cinéma pourrait, à la longue, être
réservé exclusivement aux secteurs de population qui, grâce
à leur capacité de résistance, seraient capables
d'organiser leur consommation culturelle et leurs loisirs hors des circuits
établis par le marketing le moins sensible vis à vis de la
culture. En d'autres mots, il peut devenir une expérience culturelle
élitiste. C'est pour cela qu'il faut proposer une intervention énergique
dans le cadre d'un projet éducatif concernant la culture cinématographique,
tout en revoyant les initiatives entreprises jusqu'à présent
et en examinant l'éventail de possibilités, de sorte à
pouvoir vraiment se distinguer des lignes purement commerciales.
L'une des actions qui n'a
pas encore été entreprise aussi intensément qu'il
ne le faudrait, consisterait à favoriser pour les nouveaux publics
-ce terme signifiant non seulement le public infantile et juvénile
mais également tous ceux à qui aucune offre de culture cinématographique
n'a été proposée- l'accès aux principales oeuvres
de l'Histoire du Cinéma, telles que le cinéma des différences
ou les cinémas de la diversité. Nous pensons aussi bien à
des films provenant de cinématographies autour de la grande industrie,
contenant souvent des propositions esthétiques innovatrices ou des
articulations linguistiques originales, qu'à des films de cultures
différentes.
Nous pensons à des
films au service des contenus et non à l'inverse, à des oeuvres
cinématographiques moins dépendantes de budgets millionnaires
et dont la prétention serait d'approfondir ce qui y est dit plutôt
que de ne se soucier que du succès commercial. Nous pensons à
des productions qui respectent la notion de l'oeuvre de l'auteur et non
strictement la notion de marchandise...exemples qui, parmi bien d'autres,
offrent la possibilité d'entrer en contact avec des réflexions
esthétiques et narratives capables d'engendrer de nouvelles visions
des situations et expériences de divers contextes culturels, sociaux
et politiques. Le cinéma de Kiarostami, par exemple, nous enseigne
probablement davantage de choses sur l'Iran actuel que de nombreux
documentaires émis par les diverses chaînes de télévision
au sujet de ce pays.
Dans cette optique, le fait
de se présenter ouvertement, non pas en un document soit-disant
objectif (ceci étant d'ailleurs faux parce qu'impossible) mais en
un regard complexe sur une réalité concrète souvent
significative pour le metteur en scène, fait du cinéma,
de nos jours, une forme enrichissante de connaissance du monde. Récupérer
la dimension d'expérience personnelle, soit d'ordre sentimental,
politique, culturel ou social, est l'une des valeurs de la modernité
cinématographique qui éloigne le cinéma des eaux embourbées
du discours vide, afin d'accéder à une catégorie allant
au-delà de la soi-disant objectivité apparente de la plupart
des productions de la grande industrie. En effet, nous avons sous les yeux
des situations de fictions appartenant à des réalités
différentes, obéissant au modèle standard américain,
modèle dominant de par sa rentabilité indiscutable; cela
permet de se rapprocher d'un concept clé en politique culturelle:
la complexité dérivée de la diversité de mondes
qui coexistent dans notre entourage proche et lointain. Face à l'idée
transmise par la télévision et partagée par tant de
gens, que le monde est à notre portée -niant ou éludant
constamment le fait que ceci signifie l'assomption d'une optique se pliant
exclusivement aux intérêts d'expansion, de dicotomie et de
domination du plus fort sur le plus faible, dans toutes les acceptions
du terme- le cinéma créé par les formats de production
moins dominants offre indirectement un exercice intellectuel, de connaissances
différentes, riches et diverses. Il permet également d'établir
des rencontres culturelles capables de s'inscrire dans une expérience
située dans un cadre émotionnel, discutant de manière
implicite et explicite la vision simple du monde, causée, entre
autres choses, par la substitution de la narration ou par l'expérience
de la domination des lois du spectacle. Dans cette nouvelle approche globale
des politiques culturelles d'exhibition cinématographique adressée
aux nouveaux publics, infantiles ou non, il y aurait donc place pour les
rétrospectives, le cinéma primitif, les oeuvres expérimentales,
les cinémas de cultures différentes, les films pour enfants,
les classiques du cinéma, les versions originales, les documentaires
et les courts métrages. Pouvons-nous imaginer pour le cinéma
le même traitement que celui qui est accordé à la peinture
ou à la musique contemporaines, respectées en tant qu'éléments
fondamentaux de la culture artistique du XXème siècle, hiérarchisées
dans le domaine des investissements et renforcées par le renouvellement
constant des initiatives pédagogiques pour attirer de nouveaux publics?
Nous estimons que nous devrions travailler pour rendre l'art cinématographique
plus digne du point de vue culturel, tâche qui, dans certaines villes
est en partie prise en charge par les cinémathèques et les
archives, sans pour autant laisser de côté un autre objectif:
que le public bénéficiaire soit de plus en plus ample et
hétérogène.
La population infantile
et juvénile est probablement la plus rentable en investissement
culturel. C'est vis à vis de ce segment de public qu'il conviendrait
de faire intervenir les différentes modalités à travers
lesquelles circulent actuellement le discours ou les textes audiovisuels.
Les milieux appelés multimédiatiques ont très souvent
de remarquables carences, surtout en ce qui concerne la culture cinématographique.
On sous-entend, dans la plupart des cas, que l'on part d'un point zéro
à partir duquel l'on crée et l'on diffuse, sans tenir compte
des possibilités enrichissantes que proposerait une connaissance
audiovisuelle vaste et diverse dans le temps et dans l'espace, tout en
intégrant, en conséquence, le concept d'histoire de la représentation
audiovisuelle. A côté de l'hégémonie avec laquelle
des propositions commerciales du type le plus conventionnel s'imposent
à l'ensemble du public infantile et juvénile, ce fait signifierait
que l'on cache une historicité à la culture de la représentation
qui, d'autre part, frustre en grande partie les attentes hyper-textuelles
que le milieu multimédiatique prétend promouvoir. Si l'on
cache systématiquement et constamment l'ensemble de contributions
qui ont indiscutablement formé la diversité de contextes
dans lesquels s'est constituée aujourd'hui la réalité
cinématographique, le jeu référentiel, unique forme
constructive d'utiliser les avantages des nouvelles technologies audiovisuelles,
est impossible. D'autre part, d'après Manuel Castells2
, dans des sociétés ayant davantage d'histoire de connexion
à des réseaux d'information et de culture multimédiatique,
comme la société américaine, on devine un fort courant
de découragement qui indique un déclin important de la consommation
de loisir en faveur d'autres activités permettant une certaine participation.
Par exemple, les débats télématiques ou les recherches
d'informations à travers le réseau sont préférées
à la consommation passive de programmes. Cette tendance nous met
en garde contre deux effets engendrés par cette nouvelle culture
communicative émergente que l'on estime d'une transcendance
sociale, politique, culturelle et économique aussi importante que
la première révolution industrielle: la non différenciation
des produits et une perte très claire de matière communicative,
c'est-à-dire de contenus. C'est pour cela que dernièrement
certains matériaux cinématographiques (de fiction ou documentaires)
caractérisés par leur haute capacité de communication,
ont acquis une valeur considérable et l'on commence à récupérer
des productions antérieures au "boom" médiatique. D'après
Castells, le problème est toujours le manque d'information historique
(le temps et les références dans l'espace ont disparu) parce
que ces matériaux font partie de cet hyper-texte boulimique où
le contexte de communication qui a été créé
en tant que modèle opérationnel a provoqué l'indifférenciation.
En dehors de la nostalgie que nous puissions ressentir pour ce qui a fait
l'objet de notre étude et de pratique pédagogique, cette
observation replace le défi dans une situation différente,
renouvelée dans son argumentation dans un nouveau contexte qui,
à notre avis, exige des politiques catégoriques permettant
l'existence d'espaces bien différenciés qui favorisent le
vécu cinématographique dans la ligne citée dans les
pages précédentes.
En tant qu'activité culturelle, le cinéma constitue un espace de mémoire symbolique auquel on ne peut renoncer car il est fait de matériaux qui ont été à la fois les représentations symptomatiques de notre environnement, déterminant ou ayant également une influence sur une grande partie des cultures esthétiques, sociales et idéologiques de ces derniers cent ans. La perte culturelle de ce référent significatif qui fait partie de notre histoire, équivaudrait à l'abandon dans un trou noir de toute l'énergie produite depuis l'institution cinématographique tout le long du siècle. Comme nous avons tenté de l'expliquer, une telle situation où tant de références peuvent se perdre, exige non seulement d'encourager les réseaux multimédia à compter sur ces matériaux (avec tous les risques de manipulation et de trivialisation que cela comporte dans la plupart des cas), mais aussi de défendre les situations qui permettraient à ces matériaux d'être traités avec l'attention qu'ils méritent afin qu'aussi bien les créations actuelles que celles du passé atteignent le plus de public possible, de la meilleure façon possible, c'est-à-dire de manière décentralisée.
On pourra ainsi garantir
un dialogue qui se maintienne vivant entre les diverses modalités
adoptées par le cinéma et l'audiovisuel en général,
malgré les formes dominantes qui ont imposé à tout
moment et qui continueront à imposer les dynamiques de marché
avec leurs flux d'interférences contraires à une existence
culturelle plus ambitieuse.
Propositions
- Définir des actions
pour attirer le public infantile, envisageant des mesures permettant à
court terme de promouvoir des matériaux cinématographiques
d'une importance particulière et qui, dans les dynamiques de programmation,
seraient exclus des circuits les plus visibles, luttant ainsi contre la
tendance à accepter n'importe quoi. A cet effet, il conviendrait
d'établir des mesures de protection du secteur d'exploitation, aidant
à court et à moyen terme à consolider des initiatives
d'une certaine continuité dans la promotion des propositions cinématographiques
à risque et permettant de protéger constamment les activités
de cinéma qui, de par leur aspect éducatif et de formation,
s'adressent au public scolaire.
Il conviendrait d'encourager
des initiatives et d'attirer des sponsorisations afin que le secteur ait
sa propre production et sa propre distribution (importation et doublage
de films). Ces propositions devraient s'étendre aux différents
publics cités plus haut. Nous insistons donc sur la création
de campagnes dont l'objectif serait de convoquer le public infantile, et
qui s'adresseraient à toute la communauté, interpellant directement
les parents et les professionnels de l'éducation.
- De même que pour le public infantile, définir des actions en vue d'attirer un public jeune, tout en aidant à surmonter, dans la consommation, le manque de données historiques des matériaux cinématographiques existant sur le marché. La stratégie que l'on pourrait envisager consisterait en un travail de récupération (à travers des accords avec des salles de répertoire ou selon une politique décentralisée à travers les programmations des Cinémathèques) d'oeuvres cinématographiques d'autres époques, présentant un certain intérêt pour ce type de public, dans le but de situer leur expérience (sociale, culturelle et esthétique) dans un continuum spatial et temporel. En même temps, une expérience de ce genre devrait permettre à ce public d'acquérir des connaissances sur la représentation audiovisuelle à partir d'un point de départ beaucoup plus riche et beaucoup plus divers lui permettant d'aborder avec davantage de richesse le nouveau contexte médiatique et de communication.
- Définir des actions pour attirer le public appartenant à d'autres secteurs de la population: gens âgés, associations, quartiers périphériques...secteurs qui, comme le secteur infantile, auraient, eux aussi, besoin de propositions spécifiques d'une riche mobilisation culturelle. Dans les franges horaires où ces segments de population jouissent de plus de mobilité, la promotion de séances de cinéma pouvant les intéresser offrirait une rentabilité plus élevée aux salles qui oseraient prendre le risque de propositions de divulgation culturelle cinématographique. Nous estimons aussi qu'il y a beaucoup de films, provenant de cinémathèques ou de fonds venant des distributeurs eux-mêmes, dont la diffusion pourrait être beaucoup plus riche et beaucoup plus importante si cette politique de diffusion culturelle spécifique était appliquée en tenant compte des caractéristiques particulières à respecter dans le cas de publics non privilégiés ni par le cinéma commercial ni par les politiques institutionnelles.
- Comme résultat des trois propositions précédentes, nous estimons qu'il est urgent d'étudier les possibilités de décentraliser l'exploitation des fonds des cinémathèques ou de leurs programmations, et de chercher à se rapprocher des initiatives des agents culturels et sociaux de chaque ville.
- D'autre part, il faudrait définir, parmi les institutions culturelles et les organismes ou personnes spécialistes en la matière, un minimum d'activités nécessaires pour s'assurer que le public infantile et juvénile puisse toujours disposer des oeuvres capitales de l'histoire du cinéma. Il conviendrait aussi que chaque ville possède une structure de diffusion de la diversité des propositions cinématographiques (films, écrits, expositions...) parues tous les ans dans le monde entier, et non seulement celles que propose l'industrie du spectacle venant des Etats-Unis.
- Encourager les recherches et convoquer des concours ou autres activités semblables afin de recueillir des témoignages sur l'expérience cinématographique de la ville.
- Créer des réseaux d'espaces nouveaux ou adaptés permettant d'organiser des séances cinématographiques dans tous les formats (16, 35 et vidéo) et assurer des lignes de programmation couvrant tous les horaires (matinées, jours ouvrables et fériés, horaires scolaires, après-midi...)
- Equiper ces espaces d'installations de traduction simultanée ou de sous-titres optiques afin de pouvoir tirer profit des programmations de foires-expositions, de festivals, de rencontres ou de rétrospectives, dont on ne disposerait pas en version doublée ou sous-titrée, parachevant ainsi les autres activités culturelles (expositions, débats, conférences).
- Profiter des réseaux
de bibliothèques pour compléter leurs fonds par des collections
vidéographiques reprenant les oeuvres principales de l'histoire
du cinéma, ainsi que des films et documentaires d'intérêt
social.
1Baudrillard, Jean. Au-delà du vrai et du faux,
ou le malin génie de l'image. Cuadernos del Norte, nº 50, 1998.
2Castells,
Manuel. L'Ère de l'Information: Economie, Société
et Culture. La Société Red. Alianza Editorial, Madrid, 1997.